Jeu vidéo, Esport et bibliothèques : Interview de Gen1us pour sa venue aux Foulées Littéraires

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Ces dernières années, le monde du jeu vidéo a vu l’explosion de plusieurs tendances fortes.

Fort d’une longue Histware, mais encore aujourd’hui victime des critiques, clichés et autres préjugés, voire carrément de désinformation (lire à ce titre le livre de Yann Leroux : Les jeux vidéo ça rend pas idiot), le jeu vidéo est en passe de franchir un cap planétaire en tant que culture à part entière et loisir grand public, n’en déplaise à certains.

Il est désormais devenu le champ culturel le plus populaire, et le média le plus lucratif, et il continue à creuser son sillon un peu partout, dans le monde, sous différentes formes.

On peut parler par exemple de la casualisation du jeu (et de ses « nouveaux » publics), de l’explosion du jeu sur tablettes et smartphones, de la vague retro gaming ou du succès grandissant des salons, conventions et évènements dédiés (comme la Paris Games Week qui s’est déroulée récemment).
On peut également le citer comme exemple de l’émergence de nouveaux modèles économiques culturels et de marketing / management de communauté : financement participatif, modèles free 2 play (gratuit) ou freemium (basé sur des micro achats à l’intérieur du jeu ou achats in-app ou in-game), formules par abonnement (type World of Warcraft), financement des récompenses par les dons de la communauté (exemple du compendium de Dota 2) …

Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui est de faire un parallèle entre l’essor de la scène esport et la professionnalisation du secteur côté « joueurs » et grand public d’une part (comme les youtubeurs du jeu vidéo tels Cyprien et le Joueur du Grenier) , et l’explosion (relative) du jeu vidéo dans les espaces culturels ou numériques publics d’autre part (notamment dans les médiathèques ou la Gaité Lyrique à Paris).

Aujourd’hui la scène esport internationale explose, en témoignent le nombre de joueurs (près de 10 millions de joueurs uniques par mois sur Dota 2 par exemple) et l’ampleur qu’ont prise les compétitions internationales (League of legends, Dota 2, Starcraft, Call of Duty, Fifa, Street Fighter etc etc …).

On peut encore citer quelques chiffres qui peuvent donner une idée relative du phénomène :

Quant au jeu vidéo en bibliothèque, les initiatives se multiplient, tant en terme de collections (prêt de jeu vidéo) que d’animations (retrogaming, free play, tournois …).

J’en veux pour preuve le succès du groupe Facebook Jeu vidéo en bibliothèques ou encore le travail pilote et innovant de bibliothèques comme celle de Montpellier (pionnière en la matière) ou la récente Bibliothèque Vaclav Havel à Paris.

On peut aussi citer des initiatives de Ligues inter bibliothèques comme Lol en Bib (Lol pour league of legends), et prochainement peut être sur Hearthstone.
Beaucoup de projet tournent également autour des jeux de construction / crafting dont le plus célèbre est Minecraft.

Les initiatives sont innombrables, et la médiathèque de Lormont apporte également sa modeste pierre à l’édifice notamment par des ateliers de pratique (jeu vidéo musical, jeu vidéo sportif …), mais aussi de création de jeu vidéo (détails sur le blog de mon collègue Mediaenlab) . Nous participons également à l’évènement collaboratif local, Bibinvaders, et  la création d’un fonds de jeu vidéo en prêt devrait se concrétiser en 2015.

 

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Cette année, dans le cadre des foulées littéraires, le pro gamer français Norman Chatrier, connu également sous le nom de Gen1us, est invité sur le salon à Lormont, le 29 novembre. Un grand tournoi de FIFA 15 est organisé ainsi que des sessions rencontres / free play avec Gen1us, sur les jeux Tekken Tag Tournament 2 et Top Spin 4.

Gen1us, à l’instar de Kayane ou Bruce Grannec, fait partie des meilleurs joueurs français, reconnus sur la scène esport internationale. Ils sont simples et accessibles et sont très enthousiastes à l’idée de travailler avec des médiathèques, comme en témoigne la venue de Gen1us sur les Foulées ou le travail entrepris par Kayane et la bibliothèque Vaclav Havel (Kayane Académie par exemple, parrainage de joueurs amateurs, ou encore les Kayane sessions ).

Il a donc accepté de répondre à nos quelques questions sur les thématiques croisées Jeu Vidéo / Esport / Bibliothèques, voici son interview retranscrite :

Peux tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour je m’appelle Norman Chatrier allias GEN1US et je suis joueur de jeu-vidéo, animateur et présentateur sur Game One. Je suis également concepteur.

Quelles sont tes spécialités, tes titres ?

Je joue à tous les jeux mais mes spécialités sont les fps (ndr : First person shooter) et jeux de combat. Sur Tekken j’ai été 14 fois champion de france, champion d’europe, vice champion du monde et vainqueur d’un match d’exhibition en Corée du sud (ndr : pays numéro 1 sur le Esport, avec la Chine).
Je suis aussi le premier joueur manette reconnu de l’histoire sur pc (ndr : notamment sur fps, qui se joue traditionnellement avec une souris et un clavier. Norman a développé un logiciel de gestion des manettes sur PC spécifiquement pour cet usage).


Es tu enthousiaste de venir aux foulées littéraires, penses tu que le jeu vidéo peux trouver sa place dans ce genre d’évènement ?

Je suis très content de venir aux foulées littéraires. Je pense que oui, le jeu vidéo a sa place dans ce genre d’évènement.
Le rapprochement entre loisir culturel et jeu vidéo est une très bonne chose pour montrer que c’est un loisir accessible à tous.


Arrives tu aujourd’hui à vivre de ta pratique videoludique (directement ou indirectement, via game one, ta présence sur les salons etc) ?

J’arrive à en vivre aujourd’hui grâce à mon image, sur les salons ou à la télévision.

Que penses tu de l’essor du esport en particulier, et de l’ampleur prise par l’industrie du jeu vidéo en général ?

L’esport a pris une dimension extraordinaire comparé à quelques années. Et ce n’est pas terminé. L’esport est maintenant un vrai sport, même s’il y a encore du travail à faire pour que tous les joueurs puissent en vivre.
L’industrie du jeu vidéo n’a plus rien à prouver économiquement et médiatiquement parlant. Le jeu vidéo rapporte plus que le cinéma et la musique.


Que penses tu du fait que le jeu vidéo entre dans les médiathèques / bibliothèques sous différentes formes ?

Le fait que le jeu vidéo entre dans les médiathèques est une très bonne chose. La barrière entre un loisir vidéoludique et autre doit être le plus mince possible pour ne plus avoir de différence et considérer le jeu vidéo une bonne fois pour toute comme un loisir égal aux autres.


Es tu prêt à travailler avec ce genre de partenaire ?

Je suis bien évidemment prêt à travailler avec ce genre de partenaires.

Enfin quels sont tes jeux favoris du moment, en dehors de tes jeux de prédilection ?

Mes jeux du moment sont GTA 5 sur xbox one, Sunset Overdrive, PES 2015, Call of duty advance warfare.

Pour finir je vous laisse avec quelques liens vidéos autour du jeu compétitif et du jeu vidéo sportif :

Le documentaire Free to play sur Dota 2 (sous titres Français activables en bas)

The Machine VF, Webdocumentaire sur Bruce Grannec (champion du monde de FIFA, français) :

The King of Kong en VOSTFR (film sur le premier Donkey Kong, version Arcade, et sur la quête du meilleur score, preuve que le Esport ne date pas d’aujourd’hui)

Le reportage de jeuxvideo.com sur l’histoire des jeux de sport :

Et plus spécifiquement sur l’ère 16 bits (Megadrive, Super Nintendo) :

Pour terminer, rions un peu avec le Joueur du Grenier, qui nous chronique les pires jeux de sports de sa collection :

Mix en Thèque Saison 2

1607118_10151892815601778_955615267_nL’an dernier, nous avions initié un cycle autour de la scène locale et de l’univers du mix, dans l’objectif de croisement des publics et des cultures dans un lieu institutionnel.

Nous avions pu ainsi reçevoir plusieurs dj, sound systems et labels locaux pour des après-midi musicaux et conviviaux à l’auditorium de la médiathèque du Bois Fleuri (Lormont).

Le succès du projet, les retours presse et l’enthousiasme des Dj participants nous ont encouragés à poursuivre pour une saison 2 et à approfondir les pistes de travail autour de cette idée. Nous avons également décidé d’étendre le concept à d’autres groupes locaux en créant « l’Heure du live » dont je vous reparlerai très prochainement.

Etant également Dj amateur à mes heures perdues, j’ai entrepris de monter des séries d’ateliers autour du mix sur contrôleur numérique pour les enfants et adolescents.

Nous avons donc acquis un contrôleur professionnel Traktor S4 MKII de la marque Native Instruments, reconnue dans le monde de l’audionumérique et du Homestudio. A l’aide du logiciel Traktor Pro 2, et d’un Ipad équipé de plusieurs applications (sampler, émulateur de percussions type IMPC d’Akai ou DM1 Drum Machine), nous avons pu mener un premier atelier qui a rencontré un franc succès auprès des plus jeunes, et attisé de très nombreuses curiosités auprès des publics adultes. (configuration sur la photo).

L’idée pédagogique était d’initier les enfants à une pratique musicale assistée par ordinateur, différente de la pratique « académique »,  tout en introduisant des notions musicales comme le BPM (tempo), les fréquences du son (aigus, médium, graves), les notions de remix, mash-up ou de scratch et les différents effets les plus connus (reverb, delay, echo …). Il y avait également une volonté de valoriser les riches collections de la médiathèque à travers les choix musicaux des enfants. Et bien sur de partager et de s’amuser autour de la musique, langage universel.

L’organisation pensée est la suivante :

2 ateliers mix sur 2 samedis après midi précèdent la venue du Dj invité pour le cycle mix en thèque (également un samedi après midi).
Ainsi, il existe un liant entre l’atelier (qui confine à de l’initiation) et la performance d’un Dj confirmé et local (donc accessible), qui livre un set travaillé et pensé en collaboration avec le secteur image et son (grâce à un rendez vous préparatoire préalable sur site). Le set terminé le dj échange avec le public, sur son parcours musical, ses influences et sa technique (matériel etc etc …). Grâce à cette formule, j’espère mobiliser un public encore plus nombreux sur la saison 2 de mix en thèque.

Les 2 premiers Dj invités sont déjà bookés :

Le premier, le 5 avril à 15 h 30, est Dj Sizix (hip-hop, rnb…) Dj renommé sur Bordeaux, qui mixe dans plusieurs villes européennes. Petit extrait de sa bio, qui témoigne d’un parcours déjà « lourd » comme on dit  :
Le plus souvent accompagnant des artistes nationaux et/ou internationaux tels que: Bow Wow, Lil Jon, Dem Franchize Boyz, The Game, Nina Sky, Amerie, Ryan Leslie, Rosa Acosta, Youssoupha, Olkainry, Jango Jack, Sefyu, Kool Shen, Zaho, Cut Killer, Krys, Million Stylez, Mr Vegas … Il a plus récemment été vu aux cotés du duo de super-producteurs Just Blaze (Jay-Z Dj) & The Alchemist (Eminem Dj), et en première partie du rappeur super-star Rick Ross.

Ses mixes en écoute ici : http://soundcloud.com/djsizix/

Le second rendez vous programmé nous fera retravailler avec Template Records, label électronique local fondé par Ressmoon, et nous n’aurons pas 1 mais 2 dj pour le 21 juin, fête de la musique. Nous aurons le plaisir de recevoir Superlate et Tib’z, 2 dj / producteurs de musique électronique bordelais que je vous invite à découvrir.

Le dernier mix en thèque, fin 2014, n’est pas encore programmé, mais vous serez informés très prochainement 🙂 .

Je me tiens à votre disposition, pour toute questions sur l’organisation, le montage du projet ou le matériel utilisé.

Musicalement 🙂 https://www.youtube.com/watch?v=8McGub2E0Ck

Nouveau Blog à suivre : Mediaenlab

Publié le 04 Déc 2013 — par Biblioroots
Catégorie(s) Bibliothèques et Numérique, Culture numérique, Médiation numérique

Bonjour,

Pour faire suite à la journée de formation que j’ai pu donner autour de la mise en place d’une offre de jeu vidéo en bibliothèques à l’IUT de Bordeaux 3, je vous présente le blog d’un de mes collègues de travail qui se consacrera à la médiation numérique en bibliothèques. Vous y trouverez donc des retours d’expérience sur notre travail autour de ces questions au cœur de l’actualité professionnelle (tablettes, jeu vidéo en bibliothèque, création de jeu vidéo, création multimédia etc …).

Vous pourrez notamment y retrouver les retours d’expérience de deux projets intéressants menés à Lormont : La démarche Bib Invaders (autour du gaming et retro gaming en bibliothèque) et les très intéressants ateliers de créations de jeux vidéos en bibliothèque autour du logiciel Gamesalad.

Foncez ! en plus c’est dans l’esprit de partage en Creative Commons 3.0 🙂

http://www.mediaenlab.com/

 

Formation : constituer et faire vivre un fonds de musique en médiathèque, plan, liens et sources

Bonjour,

Les 25, 26 et 27 septembre 2013, j’ai donné, pour le compte du CNFPT Languedoc Roussillon une formation intitulée « Constituer et faire vivre un fonds de musique en médiathèque ».

J’ai pu y exposer ma méthode et la transmettre à divers stagiaires, tant sur le plan de la constitution des fonds, de leur circulation, de leur valorisation (animations et volets numérique).

Je partage donc avec vous, le diaporama, le plan détaillé, et un répertoire de lien / sources utiles pour tout bibliothécaire.

Le diaporama :

Constituer et faire vivre un fonds de musique en médiathèque

Le plan détaillé :

Constituer et faire vivre un fonds de musique en médiathèque

Sources et liens utiles :

Bien entendu, vous pouvez fouiller mon blog et mon netvibes en premier ;-), vous y trouverez de nombreuses ressources et retours d’expériences de ma pratique quotidienne.

Fournisseurs :

http://www.gamannecy.com/
http://www.rdm-video.fr/musique_index.php
http://www.cvs-mediatheques.com/

Acquisitions / Veille :

http://bmol.bm-grenoble.fr/

Et bien sur les sites de la presse spécialisée (Diapason, trad mag, trax, rock n folk, les inrocks etc etc …)

Sites professionnels Musique et bibliothèques :
Sites de streaming musical :
Autour des tablettes :
Musique et contenus libres de droit :

http://www.acim.asso.fr/ziklibrenbib/

Et enfin j’en profite pour vous rappeler l’existence de ma chaîne Youtube, mon compte soundcloud, ma page facebook musicale et mon tumblr avec de nombreuses playlists publiques classées par genre notamment.

Je vous laisse en musique avec mon dernier mix et ma dernière production instrumentale :

Médiation, musique et publics adolescents en médiathèque : Interview pour Lecture Jeune

Le dernier numéro de la revue Lecture Jeune consacre un dossier complet sur la musique et les adolescents. A ce titre et suite à ma participation à la table ronde de l‘acim autour des publics adolescents, j’ai pu donner ma vision des choses à cette revue et le retour d’expérience de la médiathèque du Bois Fleuri à Lormont.

Interview retranscrite intégralement pour vous :

Marieke Mille pour lecture jeune : Johann Brun, vous êtes bibliothécaire à la médiathèque de Lormont dans laquelle des iPads sont proposés aux usagers, notamment dans la section musique. Pouvez-vous nous expliquer comment le projet s’est mis en place ? 

Johann Brun : La mise à disposition des iPads est née sous l’impulsion d’un projet de la section multimédia[1] de la médiathèque, qui a attiré l’attention des autres secteurs. Nous avons d’abord déployé le projet dans son département d’origine, avant de l’étendre aux autres, dans une deuxième phase, vu le potentiel de l’outil. Dans la section « image et son », nous proposons l’iPad dans l’optique de mettre à disposition un choix documentaire[2]. Une médiation importante est nécessaire par rapport à ces supports. Bien sûr, les jeunes vont prendre l’iPad pour s’amuser, mais n’iront pas forcément plus loin que ce qu’ils connaissent. Il faut les accompagner pour leur faire découvrir de nouvelles fonctions. Certaines applications nécessitent la mise en place d’ateliers afin que le public se les approprie, mais l’accompagnement des jeunes s’effectue plutôt au coup par coup. Je travaille beaucoup la médiation sur place : quand je vois un jeune sur une tablette, je discute avec lui et lui montre des possibilités qu’il ignorait. Cette technique fonctionne plutôt bien puisque les adolescents reviennent, réessaient et me posent de nouvelles questions. Quand j’utilise l’iPad dans la section « image et son » en mixant ou que j’apporte mes propres platines, cela attire du monde mais, en consultation, il est rare que quelqu’un se tourne spontanément vers ce type d’applications. Nos usagers n’ont pas forcément de tablette chez eux ; la plupart découvre l’outil à la médiathèque.

 

MM : Comment sélectionnez-vous les applications que vous mettez à disposition du public sur les iPads ?

JB : Chaque section est dotée d’un iPad en interne, pour la veille, la prospective, mais aussi pour se familiariser avec l’outil. Nous achetons et testons les applications qui nous paraissent les plus pertinentes. Nous essayons de privilégier une offre de qualité, qui correspond à nos missions, aux demandes du public ou à nos actions, en partant toujours de propositions généralistes avant de passer à des applications plus pointues. Nous nous devons d’être compétents dans la maîtrise de l’outil et des contenus afin de valoriser ceux qui nous paraissent appropriés. Les critères d’évaluation sont quasiment identiques à ceux des livres ou des films, même si certains s’ajoutent, comme l’ergonomie ou le graphisme. A force de tester, il est plus facile de faire la différence entre une bonne et une mauvaise application, même sans être capable de dégager une analyse technique ou de détailler le contenu.

 

MM : Comment rendez-vous cette offre visible ?

JB : Nous n’avons fait ni document, ni encart sur notre site Internet, même si nous avons communiqué dans le journal de la ville et dans l’agenda culturel. Des ateliers autour des tablettes, des formations aux vidéos informatiques[3] ont eu lieu. L’offre a été présentée mais aucun focus général sur les iPads, déclinés par section par exemple, n’a vu le jour. La visibilité se traduit par la présence du matériel sur le plateau, l’attrait qu’il représente, ainsi que par la médiation qui est faite autour. C’est un choix qui montre que, pour nous, l’iPad constitue un outil complémentaire totalement intégré aux pratiques des professionnels et à celles des usagers.

MM : Comment communiquez-vous plus particulièrement auprès des jeunes ?

JB : Nous recevons en visite la plupart des classes de la ville, primaires, collèges et lycées, ce qui aide beaucoup. Lors de leurs venues, les élèves n’assistent pas à une visite linéaire, secteur par secteur. Cette formule ne convenait pas car les jeunes qui connaissaient l’établissement avaient tendance à s’agiter. Nous avons donc repensé l’organisation et divisé les classes en groupes qui, tour à tour, passent dans chaque secteur pour une présentation couplée à une activité rapide. A la section « image et son », nous faisons un blindtest[4] sur iPad avec un écran projecteur qui permet une plus grande convivialité. On observe un retour marqué sur les taux d’inscription. En favorisant l’interaction, les jeunes nous identifient mieux. L’environnement facilite peut-être aussi leur présence : la ville, la population, la structure sont des éléments de contexte à prendre en compte. Trop souvent, les bibliothèques se concentrent sur l’intérieur de leurs murs et ce que les équipes y font. Mais il semble qu’il faut être visible à l’extérieur, avant que les usagers ne se déplacent. L’approche de la bibliothèque est fréquemment limitée aux collections et au modèle de prêt de documents, alors que le travail s’en éloigne de plus en plus. Nous devons diversifier nos activités pour trouver des publics.

 

MM : La mise en place des iPads a-t-elle eu un impact sur la fréquentation de la médiathèque par les adolescents ?

JB : Evidemment, l’attractivité du support a influencé la venue des jeunes. Est-ce l’iPad lui-même ou le contenu proposé qui les intéressent ? C’est une bonne question. Je pense que les deux influent. Il faut quand même préciser que l’accès est bridé de façon à ce que les adolescents puissent uniquement naviguer sur les applications que nous avons choisies[5]. Ils viennent les tester dans le cadre de leurs loisirs. Avant tout cependant, la structure les séduit par le lieu, attractif et adapté, les collections, constituées dans une approche pragmatique, tout public, sans considérations de valeur entre les musiques. Ensuite, quand les jeunes font un peu de bruit, je ne leur demande pas de se taire ou de s’en aller. Ils ont leur place dans la médiathèque autant que d’autres usagers. Je pense qu’ils l’ont ressenti et que c’est une des raisons pour lesquelles ils y reviennent.

 

MM : Vous qualifiez le lieu d’« attractif et adapté », les adolescents peuvent-ils investir l’espace pour s’installer et écouter de la musique ?

JB : La section est isolée par une double porte qui permet de diffuser constamment de la musique, dont des musiques actuelles, et pas seulement un fond sonore de classique comme c’est souvent le cas. Cela donne aux usagers le sentiment d’être véritablement dans un « espace musique ». Des platines équipées pour brancher différents casques, entourées de sièges, permettent aux adolescents d’écouter les CD à plusieurs. Ils investissent ces lieux qui relèvent pour eux de la sociabilité avant tout. Il existe peu d’endroits où se réunir, avec de la musique et de l’image, où l’on ne vous demande pas de vous taire. Nous venons pallier un manque. Il s’agit donc plus d’un usage de fait que d’une stratégie de notre part. La médiathèque, attenante à une salle de sport, une école de musique de danse, de théâtre et à un parc, multiplie les possibilités d’activités alentours qui influencent la fréquentation. En outre, ce travail que nous effectuons en direction des publics s’inscrit dans la dynamique générale de la médiathèque, ce qui lui donne davantage d’impact. Concrètement, nous avons permis dans l’espace l’inscription, l’accueil, l’accès au wifi, au multimédia… Peut-être aussi que la formation et le profil des professionnels de cette médiathèque, très sensibles à notre environnement social, créent une forme d’interaction et attirent le public. Les jeunes investissent l’espace quand ils se sentent bien accueillis, sinon ils cherchent d’autres lieux de sociabilité. Même s’ils font un peu de bruit, je préfère qu’ils soient dans la médiathèque, que nous discutions musique et cinéma, plutôt qu’ils traînent à l’arrêt de bus et basculent dans des pratiques illicites. Ce sont les enjeux sous-jacents : finalement, notre rôle est préventif. Bien plus qu’une question de lecture publique et de culture, la mission de la médiathèque est aussi sociale.

 

MM : Un argument souvent avancé par les professionnels est que la présence des adolescents fait fuir les autres usagers…

JB : Certes, mais notre travail consiste également à gérer la cohabitation des publics sur le terrain. Dans la médiathèque, nous ne transigeons pas sur le respect des gens, du lieu et des collections. Comme dans l’éducation, il y a un cadre général dans lequel chacun est libre, mais si on en sort, la sanction tombe. Après deux ans d’ouverture, malgré quelques problèmes au début, les jeunes qui fréquentent la médiathèque savent que, s’ils veulent revenir, ils doivent respecter les règles, quel que soit leur comportement en dehors de l’établissement. Des adultes se sont plaints, mais c’est exceptionnel. Au contraire, j’ai l’impression qu’ils sont contents de voir les adolescents investir le lieu. Les conflits entre usagers sont rares, mais lorsqu’ils se produisent, je prends autant au sérieux l’adulte que l’enfant. Sans être prioritaires, ils ont autant de droits que les autres usagers. A partir du moment où les adultes constatent que les adolescents sont pris en charge, ils ne fuient pas les lieux, au contraire. La différence des usages équilibre également leur cohabitation. Les adultes viennent avant tout pour les collections, pas uniquement pour écouter de la musique. Ils empruntent des documents, restent moins longtemps… Le fait que ce soit vivant leur fait souvent plaisir.

 

MM : Ces différences d’usages entre les adolescents et les adultes se retrouvent-elles dans l’utilisation des iPads ?

JB : Les iPads sont très utilisés par les moins de 18 ans, même en section presse ou adulte. Il est intéressant d’observer que cette appropriation des outils par les jeunes suscite la curiosité des adultes qui les accompagnent parfois. L’outil devient un prétexte à une relation entre les adolescents et leurs aînés. Mais ce sont essentiellement les jeunes qui utilisent les iPads. Est-ce une question générationnelle ? Les adultes ont peut-être aussi plus facilement accès à ces technologies et moins d’intérêt pour elles. Nous proposons également les tablettes lors d’ateliers multimédias, dans lesquels les publics touchés sont alors plus âgés.

 

MM : Quel type d’ateliers proposez-vous ? Certains sont-ils plus spécialement destinés aux adolescents ?

JB : Les ateliers multimédias recoupent de nombreux domaines comme la création graphique, le dessin, la photo, la retouche… Nous avons créé un atelier « Toute ma presse sur iPad » pour amener les usagers à utiliser davantage les tablettes et éventuellement à investir dans leur propre matériel. Des ateliers de jeux vidéo musicaux comme Guitar Hero, DJ Hero ou des jeux de danse ont attiré beaucoup de jeunes et d’adolescents, même s’ils étaient ouverts à tous. Le jeu vidéo reste un médium intéressant pour toucher ce public et permettre une médiation avec les collections, puisque, dans Guitar Hero par exemple, des classiques du rock sont abordés. Cela facilite les ponts avec notre fonds. Pour des raisons d’organisation nous ne pouvons pas proposer d’ateliers spécifiques pour les adolescents.

 

MM : Sollicitez-vous des partenaires extérieurs à la médiathèque pour les ateliers ou dans le cadre d’autres activités autour des iPads ?

JB : Cela arrive parfois, comme lors de sessions sur la musique assistée par ordinateur où un formateur, certifié sur un logiciel bien précis, va intervenir. Nous avions également sollicité des DJ de la région pour un atelier DJ, ou encore une fédération de labels indépendants à l’occasion d’un concert de rock à l’auditorium de la médiathèque. Nous collaborons avec des partenaires de proximité car l’offre est de qualité et qu’une part de nos missions consiste à valoriser ce qui se fait localement. Le Centre d’arts[6] très proche de l’établissement, par exemple, s’est intéressé au lancement du projet avec les iPads, dans l’optique de développer son propre projet. J’espère, à terme, déclencher cette dynamique à l’école municipale de musique en déplaçant quelques iPads sur place et en proposant aux élèves d’utiliser les applications de partitions dont nous disposons. L’attrait s’éveille dans les autres structures de la ville et le fait d’avoir développé une offre, même si elle n’est pas encore pleinement satisfaisante, constitue un début prometteur qui va nous permettre d’aller beaucoup plus loin. Nous allons améliorer la formule, rencontrer des partenaires et essayer de multiplier les possibilités avec des appuis extérieurs parce que nous ne pourrons pas porter seuls un projet hors de la médiathèque suppression de la fin de la phrase.

 

MM : Auriez-vous comme projet de développer une offre de musique dématérialisée ?

JB : Non, je trouve que les offres numériques clés en main, comme on les vend aux bibliothèques, ne sont pas nécessaires, peu satisfaisantes, chères, et ne correspondent pas aux usages. Elles ne sont susceptibles de toucher que des niches d’usagers ou de musique. Il ne faut donc pas croire qu’elles se substitueront aux sites d’écoute. Les usagers demandent majoritairement de la musique grand public − disponible gratuitement en ligne. Il semble vain de se placer sur une offre différente. Le streaming que propose MusicMe me paraît déjà plus approprié. Avant l’ouverture de la médiathèque, il était prévu de numériser les collections et de les proposer en écoute sur place. Je ne voyais pas l’intérêt de payer pour un service uniquement consultable dans les murs alors qu’il existe Internet. Tout le monde n’a pas une pratique dématérialisée : beaucoup d’usagers empruntent encore des CD à la médiathèque. Peut-être que dans quelques années, ils seront effectivement obsolètes en bibliothèque. En attendant, leur prêt est ce qui fonctionne le mieux ici, ce qui justifie leur utilisation. Si, demain, les chiffres chutaient dans notre établissement, la problématique serait différente, mais pour l’instant je les prête une fois et demi plus que j’en ai dans les bacs. Après réflexion, j’en suis venu à ne pas prendre d’offre numérique pour l’instant. Pour moi, l’avenir du métier de bibliothécaire est dans la mise en valeur et l’éditorialisation de contenus gratuits ou presque, sur Internet, parce que la ressource se situe là.



[1] Il était initialement prévu d’équiper uniquement l’espace multimédia pour divers projets et ateliers.

[2] En proposant un accès aux sites Youtube, Deezer, Spotify, des offres de webradio ou des applications d’éveil musical, de création musicale, des instruments virtuels, des tutoriels piano…

[3] Video2brain, un service de formation vidéo en ligne proposé aux usagers sur Ipad, via l’application dédiée. http://www.video2brain.com/fr/

[4] Le blindtest, littéralement « test à l’aveugle », est un quiz musical durant lequel les participants doivent reconnaître l’artiste et/ou le titre d’une chanson dont un extrait a été diffusé.

[5] Il s’agit d’une sécurisation possible sous IOS (le système d’exploitation mobile développé par Apple pour l’iPhone, l’iPod Touch et l’iPad, Ndlr). Des restrictions sont activées pour que certaines applications et paramètres ne soient pas modifiables. Les iPads sont disponibles pour des usages prédéfinis et cadrés. Pour surfer sur Internet, les usagers disposent du wifi public et de l’espace multimédia.

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